Toilettes sèches : le bon plan ?

cabane jardin

Une chasse d’eau consomme 3500 litres d’eau potable par an et par personne, sans compter les milliers de bactéries qu’elle projette dans l’air. Pas si propre ni économique que ça, finalement. La révolution nous vient de ce qu’on appelait autrefois « la cabane au fond du jardin » : des toilettes sèches, écologiques et permettant de réduire drastiquement la facture d’eau. Comment ça marche ? Est-ce réservé aux chanceux disposant d’un jardin ? Et surtout, tabou ultime, est-ce que ça sent mauvais ?

Comment fonctionne une toilette sèche ?

Non, il ne s’agit pas d’un trou au fond du jardin. Cette pratique est d’ailleurs interdite, car elle risquerait de polluer les nappes phréatiques. Un WC sans eau fonctionne avec de la litière végétale, généralement des copeaux de bois. Cette installation nécessite un caisson d’assise, la plupart du temps en planches de bois, matériau respirant. Le haut du caisson est percé d’un trou où l’on installe une cuvette de WC tout ce qu’il y a de plus classique. La différence se situe sous la cuvette : les excréments tombent directement dans un seau ou un bac. Puis, au lieu de tirer une chasse d’eau, l’usager verse quelques pelletées de copeaux de bois dans la cuvette, referme l’abattant, et le tour est joué.

Que fait-on ensuite de ce pot de chambre amélioré ? On le composte, tiens pardi ! D’où l’intérêt de posséder un extérieur afin d’y installer un composteur. Ou bien de vivre dans une copropriété eco-friendly acceptant d’installer un système de compostage sur les parties communes extérieures.

Passer aux toilettes écologiques permet de réduire sa consommation d’eau d’environ 40 %. Cependant, on ne fait pas ce choix pour le porte-monnaie, mais plutôt pour la planète. En effet, vous continuerez de payer la taxe d’assainissement de votre commune. Il faut également prévoir l’achat des copeaux de bois, et surtout l’énergie consacrée à vider le seau et gérer le compost.

L’odeur des toilettes sèches

Le WC sans eau sent plutôt bon

Fin du tabou : les WC sans eau ne sentent pas mauvais. La litière végétale emprisonne les odeurs. Les propriétaires de chats sont peut-être sceptiques sur ce point : quiconque possède une litière pour chats a pu constater que l’odeur est parfois très forte. Sauf que dans une toilette sèche, le mélange des urines aux matières fécales, associé aux copeaux végétaux, permet de bloquer les réactions enzymatiques responsables de mauvaises odeurs et d’accélérer la décomposition.

Des experts se sont penchés sur la question. La journaliste Patricia Beucher a mené l’enquête auprès de 50 toilettes sèches pour écrire son ouvrage Construire des toilettes sèches à compost (éditions Ulmer, 2017). Verdict : un seul sentait mauvais, et cela s’expliquait par la très forte chaleur qui régnait au petit coin. En Belgique, la société Odometric s’est rendue chez plusieurs familles. Un technicien a capturé des échantillons d’air dans la pièce mais aussi à l’intérieur de la cuvette, qui ont ensuite été analysés en aveugle par un « nez ». Ce dernier conclut : « les échantillons sentent le bois et l’humus, c’est plutôt agréable ». Finies, également, les remontées d’odeurs nauséabondes émanant de la fosse septique.

Quelques conseils pour limiter les mauvaises odeurs

Une toilette sèche ne sent pas plus mauvais qu’un WC avec chasse d’eau, mais il convient tout de même d’appliquer quelques règles d’hygiène de base. Voici les points à prendre en considération.

  • Choix du contenant : utilisez le bon type de seau, de préférence en plastique alimentaire ou en acier inoxydable. Ces matériaux sont résistants et se nettoient facilement. De plus, optez pour un seau de taille comprise entre 10 et 20 L, ce qui vous obligera à le vider régulièrement. Tous les 2-3 jours est une fréquence raisonnable.
  • Ne pas séparer les urines des excréments : l’ammoniac contenu dans l’urine accélère le processus de décomposition et bloque l’apparition des odeurs.
  • Utiliser les bons copeaux : la litière végétale ne se choisit pas au hasard. Par exemple, la sciure de menuiserie est trop fine et contient des résidus de colle, ce qui agglomère la matière et enclenche un processus d’anaérobie, responsable d’effluves peu agréables. Préférez les copeaux de bois issus du tronçonnage, fins et secs, à trouver en scierie ou dans les jardineries.
  • Protéger l’assise : généralement en bois, il est indispensable de la vernir afin qu’elle ne s’imprègne pas d’éclaboussures. Une bavette étanche entre l’assise et la cuvette permettra également d’éviter que du liquide s’écoule en dehors du bac de récupération.
  • Bien ventiler : comme dans des toilettes à chasse d’eau, une fenêtre ou une VMC est indispensable. Veillez également à ce que le caisson de bois de l’assise ne soit pas étanche, ce qui permet une ventilation naturelle du dispositif. Certains constructeurs proposent aujourd’hui des toilettes sèches clé-en-main incorporant un dispositif d’aération très efficace.

L’odeur du compost des toilettes sèches

C’est là que le problème des odeurs risque le plus de se poser. Pour ne pas déranger le voisinage avec les effluves du bac à compost, il faut absolument prendre en compte trois éléments :

  • Utilisez de grandes quantités de sciure ou copeaux de bois,
  • Veillez à équilibrer l’apport entre déchets azotés (excréments, épluchures, herbe fraîche…) et déchets carbonés (carton, bois, papier, paille, feuilles sèches…),
  • Tournez régulièrement le compost à l’aide d’une fourche, afin d’apporter de l’oxygène. En effet, l’anaérobie (absence d’oxygène) ralentit la décomposition et entraîne des odeurs de pourri ainsi que le rejet de gaz polluants.

Ces consignes respectées, et à condition de ne pas séparer l’urine des fèces, votre tas de compost de toilettes sèches ne devrait pas sentir mauvais. Et au bout de 1 à 2 ans, il sera « mûr » pour servir d’engrais naturel à votre potager. À vous de voir si vous souhaitez dire à vos invités pourquoi vous avez de si belles tomates dans le jardin…

Que dit la loi sur l’installation de toilettes sèches ?

Depuis 2009, la loi autorise les particuliers à installer des toilettes sèches chez eux, à condition qu’ils assurent la gestion des déchets produits, qu’aucun écoulement ne sorte de leur propriété privée, et que les voisins ne se plaignent pas. De plus, le Ministère de la transition écologique impose que l’aire de compostage soit parfaitement étanche, afin d’éviter tout risque de pollution des nappes phréatiques.

Dans la pratique, si vous avez un projet de WC écologiques, le mieux est de vous rapprocher du SPANC (Service public d’assainissement non collectif) de votre commune. Les techniciens du SPANC vont conseilleront sur ce qu’il est possible de faire sur votre parcelle, que ce soit dans une maison ou un appartement. De plus, ils s’assureront de la conformité de votre installation. Sachez qu’ils peuvent à tout moment mener un contrôle inopiné chez vous s’ils suspectent une irrégularité… donc autant s’en prémunir et les saisir bien en amont du projet !

En bref

Les toilettes sèches, fonctionnant avec la sciure végétale, constituent un excellent moyen de préserver l’environnement. Fini le gaspillage d’eau potable et bienvenue à l’engrais naturel issu du compostage ! Cependant, tout n’est pas permis pour autant. Le trou au fond du jardin, c’est fini, et la gestion de vos propres déchets est obligatoire, ce qui est bien plus facile lorsqu’on possède un extérieur. Mais saviez-vous que certaines communes organisent désormais une collecte spéciale pour les citadins souhaitant installer des toilettes sèches en appartement ? C’est le cas par exemple à Dol-de-Bretagne.